Un pot : un contenant, une frontière, un environnement. Un vide, un possible, une liberté peut-être. En toute transparence, le jeu des pouvoirs s’installe. Le pouvoir sur, le pouvoir dedans. J’ai cherché les limites à l’infini.
Cent pots : une matière, des liens, un système. Un trop plein, une multitude de possibles, une révolution peut-être. Sous la lumière, changer de perspective. Le pouvoir de l’individu, le pouvoir de la masse. Les limites sont limpides, paraît-il.
J’ai forcé la vie avec une violence spectaculaire et c’était beau. J’ai enfermé ce beau pour le montrer. J’ai recensé la menace. Un éventaire de vie et de mort. La colonisation du vide. Une performance de maîtrise et de contrôle – humidité, lumière, oxygène et éthique. Prendre en charge, prendre soin, prendre la parole : responsabilité, sollicitude, fatigue, vulnérabilité. Donner, prendre, recevoir, échanger; créer des cycles de vie pour essayer de réparer ce qui est cassé entre mon corps et le reste.
Dans le trouble ambiant et la solitude de la galerie, je vois les racines se refaire, les graines germer, les feuilles se multiplier. En compagnie de mes pots remplis de vie et de mort, j’expérimente le pouvoir « avec », le pouvoir comme système ouvert dont toutes les parties sont interdépendantes. L’exercice du pouvoir comme processus requiert que je démasque et rejette tous les exercices de la force qui obstruent ma participation et celle des autres à la vie.
Il y a des pots. Beaucoup de pots. Je les ai contemplés, bougés, placés, replacés, transportés, remplis, vidés, empilés, classés, lavés, aimés. J’en ai cassé quelques-uns.
Je n’ai pas pleuré.
Le Lobe, résidence d'été 2019
Commissaire : Emmanuel Galland
Le Lobe, résidence d'été 2019
Commissaire : Emmanuel Galland